L’Europe face à un monde globalisé

Frédéric OYHANONDO – Motion E – Intervention lors de l'AG de section du 17 octobre 2008.

MOTION E COMME EUROPE

UNE VISION DU MONDE : ASSUMER LA MONDIALISATION

La motion E s’inscrit pleinement dans la plus belle tradition socialiste, internationaliste et universaliste, celle de la fraternité.

Tous les socialistes en seront désormais d’accord, être socialiste, ce n’est pas être libéral. Le libéralisme est synonyme de mondialisation débridée, de fermetures d’entreprises, de démantèlement de l’État providence et de creusement des inégalités économiques et sociales. Nous refusons de le réhabiliter.

Mais être socialiste, ce n’est pas céder à la tentation protectionniste pour autant. Ne commettons pas en 2009 les erreurs de 1929 : ne cédons pas à la tentation de fermer complétement nos frontières, unilatéralement, et de précipiter dans la pauvreté les travailleurs et les pays les moins protégés. Préferons, avec la motion E, des solutions par le haut, négociées multilatéralement dans l’enceinte de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Appelons à l’Europe puissance plutôt qu’à une Europe forteresse.

Etre socialiste, c’est assumer la mondialisation, en fonction d’un idéal de progrès, de justice sociale, d’épanouissement de la personne humaine. C’est donc inventer un autre modèle, avec une conscience aiguë de nos responsabilités à l’égard des générations futures. Enfin être socialiste c’est aussi être européen, car l’Europe est notre avenir et nous pouvons contribuer à l’avenir de l’Europe.

POURQUOI LA MOTION E ?

POUR UNE EUROPE PAR LA PREUVE ET PAS UNE EUROPE HORS SOL

L’Europe ne doit plus être un chapitre à part dans une motion, une notion désincarnée. C’est pourquoi la dimension européenne et mondiale irrigue toutes nos propositions économiques et sociales pour les territoires et pour la France. La question de l’Europe face à un monde globalisé est au cœur des préoccupations quotidiennes, pas à part.  La motion E a bien compris que la mondialisation avait plusieurs dimensions, politiques, culturelles, environnementales, économiques ; même si une vision libérale a fait prévaloir jusqu’ici la dimension économique de la mondialisation ;

POUR UNE LUCIDITE SUR LA CRISE

Nous avons choisi une ouverture de la motion E sur la crise financière, qui témoigne d’une lucidité sur les mécanismes financiers et économiques internationaux qui sont à l’œuvre. Nous avons constaté que la sphère financière s’était affranchie de l’économie réelle et qu’émergeraient des crises inédites et violentes, pouvant contaminer tous les pays. Et c’est bien pourquoi nous avons proposé un Nouveau Bretton Woods avec de nouvelles régulations des fonds de pension des plus-values boursières de court terme, une réglementation plus stricte des rémunérations des traders, des réglementations prudentielles.

Nous constatons aussi que notre appareil productif, nos industries, subissent de plein fouet l’agressivité de la mondialisation financière. Et c’est pourquoi nous revendiquons une nouvelle fiscalité qui doit orienter l’épargne vers les investissements productifs. C’est aussi pourquoi nous dénonçons ces banques qui ont provoqué le surendettement de millions de particuliers et qui refusent aujourd’hui aux PME tout crédit, en aggravant ainsi la crise.

RADICALITE DE LA DEMARCHE

Nous revendiquons la radicalité, en osant enfin la démocratie jusqu’au bout pour la France, où le citoyen est mis à l’écart ; mais aussi pour l’Europe, où l’oubli des peuples et des citoyens  a nourri un large rejet ; nous le disons enfin pour le monde, qui a besoin de politique et de démocratie pour contrebalancer la puissance des intérêts privés. Nous affirmons aussi que rien ne serait pire qu’un colmatage d’urgence, qui ferait survivre un système perverti. Nous voulons changer de modèle et nous ne voulons pas laisser à la gauche non gouvernementale, française comme européenne, le monopole de la radicalite.

NOS PROPOSITIONS POUR L’EUROPE

Danemark, France, Pays-Bas, Irlande : les derniers référendums montrent un divorce profond entre les citoyens et les élites. Trop d’attention a été portée aux institutions et pas assez au contenu du projet européen. Nous devons changer de méthode de construction de l’Europe. Nous pouvons nous appuyer sur des acquis formidables pour réguler la mondialisation avec une Europe puissance, une Europe sociale, et pas une Europe forteresse.

Les socialistes français doivent réinvestir l’Europe. Notre priorité est de donner un contenu à l’Europe, et de porter un projet politique authentique.

  • Authentiquement democratique, en ouvrant un débat sur l’avenir de l’Union européenne par la voie d’une consultation directe des peuples
  • Authentiquement social, en laissant les Etats libres de décider de plus de solidarité s’ils le souhaitent et en dispensant les services publics des règles de concurrence ; mais aussi en soutenant le dialogue social européen, dans le sillon de la démarche proposée pour la France : face à une relation capital-travail fortement déséquilibrée, les syndicats doivent être replacés au cœur de l’Europe sociale ; le « travailler mieux » passe par un syndicalisme enfin respecté et puissant et un dialogue social européen renouvelé
  • Authentiquement tourné vers le futur, avec une Europe des grands projets, des infrastructures européennes (numérique, énergie, recherche) et la création d’un fonds européen de l’investissement  Nous soutenons une politique industrielle offensive adossée à une politique monétaire favorable et proposons un plan d’investissement et de croissance européen fondé sur l’emprunt ; nous voulons renforcer les programmes européens de recherche et de développement en relation avec les pôles de compétitivité pour combler le retard technologique pris par l’Europe face aux Etats-Unis et face à la Chine.
  • Authentiquement tourné vers la croissance et d’emploi, en en faisant une des missions de la Banque Centrale Européenne, comme c’est le cas pour la Fed, et en lui confiant le contrôle des institutions financières européennes.
  • Authentiquement tourné vers le développement durable avec une politique énergétique de sécurité d’indépendance et de diversité des sources d’énergie ainsi qu’une lutte efficace contre le changement climatique.
  • Authentiquement tourné vers la sécurité durable dans un monde globalisé, au moyen d’une une nouvelle architecture de sécurité, avec une véritable défense européenne.
  • Authentiquement tournée vers le codéveloppement ; c'est-à-dire en adoptant une politique migratoire européenne qui prenne enfin en compte l’impact qu’elle exerce sur les pays d’origine pour éviter de créer de futures vagues massives d’immigration non maîtrisées ; qui dise non à l’immigration choisie et à la fuite des cerveaux ; qui encourage la participation des immigrés au développement de leur pays d’origine par des transferts de fonds, salutaires compensations d’une aide publique au développement au plus bas.

Et notre méthode pour y parvenir est de mobiliser la France, aux côtés de tous les pays volontaires dans un PACTE EUROPÉEN : le Traité de Nice permet les coopérations renforcées, et donc, la motion E assume de les mettre en pratique.

NOS AMBITIONS POUR LE MONDE

Lorsque nous défendons la France métissée, nous voulons redonner à la France toute sa tradition universaliste. Car accepter notre diversité c’est regarder le monde en face, et regarder le monde en face, c’est  vouloir pour lui des institutions internationales à la hauteur des défis posés par un monde globalisé.

  • Des institutions à la hauteur des enjeux de la crise mondiale, en proposant un nouveau Bretton Woods qui mette enfin le FMI et la Banque mondiale au service du développement humain, avec une politique agricole commune mondiale qui assure un  la stabilité des prix agricoles et garantisse l’autosuffisance alimentaire au Sud comme au Nord ; mais aussi avec des réglementations prudentielles : le rôle du FMI doit être profondément réformé pour qu’il devienne un véritable INTERPOL financier des bourses et des banques.
  • Des institutions à la hauteur du défi écologique, en faisant d’urgence l’excellence environnementale : les normes sociales et environnementales doivent être au plus haut dans la hiérarchie des normes de l’OMC. Face au changement climatique qui aura un coût de 5500 milliards d’euros, il faut se donner comme horizon  une économie mondiale fondée sur une croissance verte ; c'est-à-dire mobiliser un grand partenariat public privé mondial en faveur des énergies renouvelables et des économies d’énergie; c'est-à-dire proposer une nouvelle donne écologique et économique.
  • Des institutions à la hauteur de l’exigence démocratique au sein des institutions internationales en  rendant  plus juste la composition du Conseil de sécurité de l’ONU et en revoyant l’attribution des droits de vote dans les institutions internationales.

NOTRE RESPONSABILITE DE SOCIALISTES DANS L’EUROPE ET DANS LE MONDE EST DE FAIRE DU SOCIALISME UNE FORCE NEUVE DANS LE XXIème SIECLE

Les socialistes français ont besoin des socialistes européens : il faut renouer avec la tradition internationaliste et européaniser le parti socialiste par des jumelages de sections et de fédérations ainsi que par l’ouverture des sections aux militants européens de passage en France.

Mais l’Europe a également besoin des socialistes français : notre motion E, E comme Europe, propose une riposte cohérente et offensive pour maîtriser le capitalisme contemporain, pour concilier les intérêts des milieux populaires et des classes moyennes, des pays développés et des pays pauvres ou émergents, pour repartir à l’offensive dans la bataille des idées.

<>Faisons du socialisme une force neuve dans le XXI eme siècle. Ouvrons le parti socialiste à la réalité du monde ! Féminisons, élargissons, métissons et européanisons-le ! Votons en masse pour la motion E au congres de Reims.

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